Chronologie

Alma peu avant sa rencontre avec Mahler

La composition

Dans la nuit du 24 au 25 février 1901, Mahler faillit mourir d'une très grave hémorragie intestinale. Les médecins lui avouèrent le lendemain qu'il ne devait la vie qu'à leur intervention rapide. Ainsi s'explique sans doute le caractère presque exclusivement funèbre ou désespéré des musiques qu'il compose pendant l'été suivant: quatre Rückert Lieder, trois Kindertoten Lieder, ainsi que les premiers mouvements de la Cinquième Symphonie. Seul fait exception le premier en date des cinq mouvements, le Scherzo, que l'on peut interpréter comme un nouveau Dankgesang eines Genesenen [Chant de reconnaissance d'un convalescent], à la manière du Largo du 15ème Quatuor de Beethoven. En effet, il s'agit chez Mahler d'un des rares moments d'optimisme total et d'une musique qui, toute entière, respire le bonheur et la joie de vivre. En revanche, rien n'est plus sombre, plus désespéré, que les deux premiers mouvements dont tout porte à croire que Mahler les a au moins esquissés au cours du même été. L'année suivante, Mahler complète la Symphonie avec une dernière "partie" comprenant le célèbre Adagietto et le Rondo Finale. Il innove ainsi une architecture qu'il réutilisera à peu de choses près dans la Septième Symphonie. Jamais, cependant, il ne lui arrivera de faire comme ici du Scherzo le véritable noyau, le centre de l'ouvrage. Et jamais d'ailleurs, il n'en composera une autre, aussi vaste, aussi complexe et aussi polyphonique.

Lorsque Mahler revient à Maiernigg à la fin de juin 1902, il commence une nouvelle vie. En effet, il et accompagné de sa jeune et radieuse épouse, Alma, qui désormais remplace sa sœur Justi comme maîtresse de maison. Alma est musicienne, elle a composé, elle joue fort bien du piano et mettra bientôt le métier qu'elle s'est acquis au service de son époux, en passant de longues heures à copier la partition de la nouvelle symphonie. Enfermé dans son Häuschen, son studio isolé au cœur de la forêt, Mahler n'en redescend en général que très tard pour prendre un bain dans le lac avant de déjeuner. Il ne tient pas son épouse au courant de son travail créateur, mais compose en secret pour elle un Lied, Liebst du um Schönheit, qui est l'une des plus belles déclarations d'amour jamais dédiées par un compositeur à sa compagne.

Le 24 août, trois jours avant de repartir pour Vienne, Mahler écrit à deux de ses amis pour leur annoncer l'achèvement de son œuvre. C'est alors qu'il choisit de partager avec Alma le bonheur du travail accompli. "Presque solennellement", il la prend par le bras pour monter au Häuschen, où il lui joue au piano la symphonie toute entière. Alma se déclare conquise par l'ensemble, tout en contestant l'apothéose finale, le Choral de cuivres, qui lui paraît "ecclésiastique et inintéressant". Mahler lui cite alors l'exemple de Bruckner et de ses apothéoses en forme de Chorals, mais renonce à lui dévoiler toute l'ambiguïté de ce triomphe, qui reproduit note pour note l'un des fragments mélodiques lancés avec humour et désinvolture par la clarinette dans les premières mesures du Rondo.

Pendant l'hiver, Mahler met comme toujours au point les détails de sa partition, dont il n'achèvera la copie définitive qu'à l'automne de 1903, après que son épouse a terminé la sienne. Mais l'histoire de la Cinquième ne fait alors que commencer.

Caricature de Mahler par Oscar Garveus

Les premières auditions

L'un des plus grands éditeurs d'Allemagne, C.F. Peters propose d'éditer la symphonie, phénomène entièrement nouveau dans la carrière de Mahler et le chef titulaire des célèbres Gürzenich Konzerte de Cologne a décidé de faire de la création de la Cinquième l'événement marquant de la saison 1904/5. Malheureusement, dès la répétition de lecture qui a lieu en septembre 1904, un mois avant la première avec la Philharmonie de Vienne, Mahler a été saisi de doutes sur l'efficacité de son instrumentation et Alma a confirmé ses inquiétudes en lui déclarant : "Mais c'est une symphonie pour percussions que tu as écrite!" Pour la première fois en effet, la maîtrise absolue qu'il s'est acquise dans le domaine de l'orchestre a été prise en défaut par l'évolution de son style, lorsqu'il s'est agi de faire régner la clarté dans un tissu polyphonique plus serré que jamais. C'est alors que débute l'interminable chronique des différentes versions de la Cinquième. Bruno Walter affirmera plus tard que la somme versée à Mahler à titre d'avance par Peters a été entièrement consacrée à réviser et à corriger sans relâche la partition déjà imprimée. La dernière version date de 1909 mais Peters ne la publiera jamais, malgré la promesse faite à Mahler peu avant sa mort, et elle ne sera imprimée qu'en 1964. En fait le directeur de la firme, Henri Hinrischen, est complètement découragé par les échecs de l'ouvrage et par les sommes qu'il lui a coûtées. Il finira même par avouer à Arnold Schönberg qu'il songe à détruire les plaques ayant servi à l'impression. La violente réaction du jeune compositeur, nous la connaissons bien, puisqu'il s'agit du vaste et superbe article qu'il va consacrer en 1912 à son illustre aîné.

La première audition de la Cinquième a donc eu lieu à Cologne le 18 octobre 1904 par l'orchestre Philharmonique de Cologne sous la direction de Mahler. Deux ans après son premier triomphe de compositeur, avec la Troisième Symphonie en 1902, Mahler jouit enfin d'une réelle célébrité en Allemagne. Et pourtant, ni le public, ni la critique, ne semblent encore prêts à le suivre dans son évolution créatrice. De nombreux sifflets se mêlent aux applaudissements et la presse se déchaîne dès le lendemain. Un an plus tard, lors de la création viennoise, le redoutable Robert Hirschfeld, le plus virulent et le plus anti-mahlérien des critiques viennois, traite le compositeur de "Meyerbeer de la symphonie". Bien sûr il reconnaît que les applaudissements ont été nourris, mais il s'indigne aussitôt du mauvais goût des viennois qui, non contents de s'intéresser aux "anomalies de la nature", n'ont plus maintenant d'oreilles que pour les "anomalies de l'esprit".

La Cinquième Symphonie de Gustav Mahler, comporte cinq mouvements:

  1. Im gemessenen Schritt. Streng. Wie ein Kondukt.
  2. Stürmisch bewegt. Mit grösster Vehemenz.
  3. Scherzo : Kräftig, nicht zu schnell.
  4. Adagietto (Sehr langsam).
  5. Rondo Finale (Allegro; Allegro giocoso).

On trouvera plus loin les Commentaires d'Henry-Louis de La Grange sur la Cinquième Symphonie.

La discographie de la Cinquième Symphonie

Voici les 213 versions référencées de Cinquième Symphonie, de 1905 à 2012. Les versions pirates japonaises sont indiquées en italique en raison de leur disponibilité réduite.
Year Conductor Orchestra Live Label Rec. date
1905 Gustav MAHLER
N/A 1st mvt only PICKWICK Piano rolls Welte Mignon
1926 Willem MENGELBERG
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam Live,
Adagietto only
Q DISC May.1926
1938 Bruno WALTER
Wiener Philharmoniker Adagietto only EMI Jan.15(16?).1938
1947 Bruno WALTER
New York Philharmonic   SONY Feb.10.1947
1948 Rudolf KEMPE
Runfunk-Sinfonieorchester Leipzig Live ARCHIPEL Nov.3.1948
1951 Rafael KUBELIK
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam Live TAHRA Jun.21.1951
1951 Hans ROSBAUD
Kšlner Rundfunk-Sinfonie-Orchester Live ICA Classics Oct.22.1951
1953 Hermann SCHERCHEN
Wiener Staatsopernorchester   MCA Jul.1953
1955 Dimitri MITROPOULOS
Kolner Westdeutschen Rundfunk Symphonie Orchester Live MOVIMENTO MUSICA  
1958 Rudolph SCHWARZ
London Symphony Orchestra   BESCOL Jul.1958
Nov.1958?
1959 Paul KLETZKI
Philharmonia Orchestra Adagietto only EMI Oct.27.1959
1959 Paul PARAY
Detroit Symphony Orchestra Live TAHRA Nov.12.1959
1960 Dimitri MITROPOULOS New York Philharmonic Live HUNT Jan.2.1960
1962 Hermann SCHERCHEN
Orchestra Sinfonica della RAI di Milano Live STRADIVARIUS Apr.8.1962
1963 Leonard BERNSTEIN
New York Philharmonic   SONY Jan.7.1963
1963 Erich LEINSDORF
Boston Symphony Orchestra   RCA Nov.17,23 & 26.1963
1964? Kirill KONDRACHINE Moscow State Philharmonic Orchestra   LYS  
1964 Hermann SCHERCHEN
Philadelphia Orchestra Live TAHRA Oct.30.1964
1965 Hermann SCHERCHEN
Orchestre National de l'ORTF Live,

with cuts

HARMONIA MUNDI Nov.30.1965
1966 Vaclav NEUMANN
Gewandhaus Orchester, Leipzig   BERLIN Classics Jun.6-10.1966
1968 Pierre BOULEZ
BBC Symphony Orchestra Live ARKADIA  
1968 Leonard BERNSTEIN
New York Philharmonic Live
Adagietto only
SONY Jun.8.1968
1969 Sir John BARBIROLLI
New Philharmonia Orchestra   EMI Jul.16-19.1969
1969 Karel ANCERL
Toronto Symphony Orchestra Live TAHRA Nov.4.1969
1970 Sir Georg SOLTI
Chicago Symphony Orchestra   DECCA Mar.1970
1970 Pierre BOULEZ
BBC Symphony Orchestra Live HUNT  
1970 Bernard HAITINK
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam   PHILIPS Dec.1-6.1970
1971 Rafael KUBELIK
Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks   DGG Jan.5-11.1971
1971 Rafael KUBELIK Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks Live FIRST CLASSICS Jan.1971
1971 Hans SWAROWSKY
Wiener Symphoniker Live Berlin Classics Feb.1971
1971 Michael GIELEN
Rundfunk-Sinfonieorchester SaarbrŸcken Live ALTUS Feb.11-12.1971
1971 Franco MANNINO
Orchestra della Accademia Nazionale di Santa Cecilia di Roma Adagietto only VARESE  
1971 Antonio de ALMEIDA
Orchestre Symphonique de l'Opéra de Monte-Carlo   FESTIVAL Nov.23-25.1971
1972 Leonard BERNSTEIN
Wiener Philharmoniker Live DGG
DVD
Apr.1972
1973 Wyn MORRIS
Symphonica of London   COLLINS Jan.1973
1973 Herbert von KARAJAN
Berliner Philharmoniker   DGG Feb.13-16.1973
1973 Bruno MADERNA
Orchestra Sinfonica della RAI di Milano Live ARKADIA Feb.23.1973
1973 Herbert von KARAJAN Berliner Philharmoniker Live FACHMANN Aug.28.1973
1973 Antal DORATI
Kungliga Filharmoniska Orkestern, Stockholm   LYSSNA Sep.14 & 15.1973
1973 Gennadi ROZHDETSVENSKY
Grand Symphony Orchestra of State Radio and Television Live RUSSIAN Revelation Dec.23.1973
1974 Maurice ABRAVANEL
Utah Symphony Orchestra   VANGUARD May.27-Jun.1.1974
1974 Kirill KONDRACHINE
USSR Academic Symphonic Orchestra   MELODIYA Jul.1974
1976 Zubin MEHTA
Los Angeles Philharmonic Orchestra   DECCA Apr.1976
1977 Vaclav NEUMANN
Ceska Filharmonie   SUPRAPHON Jan & Feb.1977
1977 James LEVINE
Philadelphia Orchestra   RCA Jan.17 & 18.1977
1977? Frank SHIPWAY Royal Philharmonic Orchestra Adagietto only VIVACE  
1978 Klaus TENNSTEDT
London Philharmonic Orchestra   EMI May.10-12 & Jun.8.1978
1979 Harold FARBERMAN
London Symphony Orchestra   MMG  
1980 Claudio ABBADO
Chicago Symphony Orchestra   DGG Feb.16-18.1980
1980 Klaus TENNSTEDT
New York Philharmonic Live NYP Editions Jun.18.1980
1980 Günther HERBIG
Berliner Sinfonie-Orchester   CORONA Classics  
1981 Rafael KUBELIK
Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks Live AUDITE Jun.12.1981
1982 Leif SEGERSTAM Radio Sinfonieorchester Wien Live LUCKY BALL Jun.7.1982
1982 Lorin MAAZEL
Wiener Philharmoniker   SONY Sep.30-Oct4.1982
1983 Gary BERTINI
Wiener Symphoniker Live WEITBLICK Apr.12.1983
1983 Lorin MAAZEL Wiener Philharmoniker Live LUCKY BALL Apr.21.1983
1983 Claudio ABBADO London Symphony Orchestra Live LUCKY BALL May.1983
1983 Charles DUTOIT
Orchestre Symphonique de Montreal Live VAI Dec.18.1983
1984 Günther HERBIG
BBC Philharmonic Orchestra Live BBC Radio Classics Mar.27.1984
1984 Klaus TENNSTEDT
London Philharmonic Orchestra Live TOKYO FM Apr.13.1984
1984 Tadaaki OTAKA
Tokyo Philharmionic Orchestra Live CAMERATA Oct.10.1984
1984 Otmar SUITNER
Berliner Staatskapelle Orchester   ETERNA Sep. & Dec.1984
1985 Giuseppe SINOPOLI
Philharmonia Orchestra   DGG Jan.25-27.1985
1985? N/A Alain KREMSKI, piano Adagietto only,
Transcr. Alain Kremski
AUVIDIS  
1985 Herbert BLOMSTEDT
NHK Symphony Orchestra Live ALTUS Dec.5.1985
1986 Eliahu INBAL
Radio Sinfonie Orchester Frankfurt   DENON Jan.23 & 25.1986
1986 Sir Georg SOLTI
Chicago Symphony Orchestra Live   SONY Classical
DVD
Mar.26.1986
1986 Günter NEUHOLD
Orchestra Sinfonica dell'Emilia Romagna "Arturo Toscanini" Live FONIT CETRA May.9.1986
1986 Bernard HAITINK
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam Live PHILIPS CD
PHILIPS DVD
Dec.25.1986
1987? Louis de FROMENT
Orchestre Symphonique de la Radio Luxembourgeoise   BLACK PEARL  
1987 Leonard BERNSTEIN Wiener Philharmoniker Live LIVE CLASSICS Aug.30.1987
1987 Leonard BERNSTEIN
Wiener Philharmoniker Live DGG Sep.1987
1987 Leonard BERNSTEIN
Wiener Philharmoniker Live MEMORIES Sep.10.1987
1988 Hiroshi WAKASUGI Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra Live FONTEC Oct.22.1988
1988 Bernard HAITINK
Berliner Philharmoniker   PHILIPS May.1988
1988 Christoph von DOHNANYI
Cleveland Orchestra   DECCA Jul.1988
1988 Emil TABAKOV
Sofia Philharmonic Orchestra   CAPRICCIO Oct.1988
1988 Klaus TENNSTEDT
London Philharmonic Orchestra Live EMI
DVD ICA
Dec.13.1988
1989 Jean-Claude CASADESUS
Orchestre National de Lille   FORLANE Jul.1989
1989 Zubin MEHTA
New York Philharmonic   TELDEC Sep.1989
1989 Neeme JÄRVI
Royal Scottish National Symphony Orchestra   CHANDOS Oct.23 & 24.1989
1989? Anton NANUT
Simfoniki RTV Slovenija, Ljubljana   DIGITAL  
1990 Sir Charles MACKERRAS
Royal Liverpool Philharmonic Orchestra   EMI Jan.1990
1990 Gary BERTINI
Kölner Rundfunk Sinfonie Orchester   EMI Jan.29-Feb.3.1990
1990 Victor YAMPOLSKY
New Zealand Symphony Orchestra Adagietto only KIWI PACIFIC Apr.17-19.1990
1990 Michiyoshi INOUE
Royal Philharmonic Orchestra Live RPO May.9.1990
1990 Jukka-Pekka SARASTE
Suomen Radion Sinfoniaorkesteri   VIRGIN Classics May.1990
1990 Antoni WIT
Narodowa Orkiestra Symfoniczna Polskiego Radia   NAXOS Aug.16-18.1990
1990 Seiji OZAWA
Boston Symphony Orchestra Live PHILIPS Sep.1990
1990 Sir Georg SOLTI
Chicago Symphony Orchestra Live DECCA Nov.30.1990
1990 Klaus TENNSTEDT
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam Live RCO Live Dec.9.1990
1991 Tadaaki OTAKA BBC Welsh Symphony Orchestra   BBC Music Apr.27.1991
1991 Georges PRETRE
Wiener Symphoniker Live WEITBLICK May.19.1991
1991 Ken-Ichiro KOBAYASHI
Japan Philharmonic Symphony Orchestra   CANYON May.30-31.1991
1991 Gilbert KAPLAN
London Symphony Orchestra Adagietto only PICKWICK Jun.3.1991
1991 Alain LOMBARD
Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine   FORLANE  
1991 Lorin MAAZEL Wiener Philharmoniker Live PANDORA's BOX Dec.1.1991
1992 Martin FISCHER DIESKAU
Neues Berlin Kammerorchester Adagietto only,
Live
IPPNW Feb.29.1992
1992 Milan HORVAT
Slovenska Filharmonija, Ljubljana Live SF Sep.24 & 25.1992
1992 Edo de WAART
Radio Filharmonisch Orkest, Nederlands Live RCA Oct.17.1992
1992 György Györivànyi RATH Orchestra Giovanile Italiana Live TRING Nov.2.1992
1992 Christoph ESCHENBACH Houston Symphony Orchestra Live KRTS/KRTK Dec.7.1992
1993 Vaclav NEUMANN
Ceska Filharmonie   CANYON Mar.16-20.1993
1993 Claudio ABBADO
Berliner Philharmoniker Live DGG May.1993
1993 Andrew LITTON
Dallas Symphony Orchestra Live DELOS Sep.1993
1993 Tomatadah SOH,
(first violin)
Mito Chamber Orchestra Adagietto only SONY Nov.29-Dec.1.1993
1993 MAK Ka-Lok
Russian Philharmonic Orchestra   HUGO Oct-9-10.1993
1993 Claudio ABBADO Berliner Philharmoniker 5th mvt only,
Live
TDK DVD Dec.1993
1994 Leif SEGERSTAM
Dansk Radiosymfoniorkestret   CHANDOS Apr.20-22 & 25.1994
1994 George PEHLIVANIAN
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo Adagietto only ARIA MUSIC Jul.5-9.1994
1994 Gerard SCHWARZ
Tokyo Philharmonic Orchestra Live FUN HOUSE Aug.30.1994
1994 James CONLON
Gürzenisch Orchester Kölner Philharmoniker   EMI Aug.31-Sep.2.1994
1994 Peter HIRSCH La Jeune Philharmonie   BANK Sep.8.1994
1994 Avi OSTROWSKY
Orchestre Philharmonique de la RTBN   DOM  
1994 Sergiu COMISSIONA
Orquesta Sinfonica de RTVE 4th mvt only RTVE Musica Dec.12-16.1994
1995 Yoel LEVI
Atlanta Symphony Orchestra   TELARC Feb.13 & 14.1995
1995 N/A
Eric AUBIER, trompette,
Thierry ESCAICH, orgue
1st mvt only,
trscr Th. Eschaich
P. VERANY Mar.20-23.1995
1995 Eliahu INBAL
Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra Live FONTEC Apr.15.1995
1995 Claudio ABBADO
Berliner Philharmoniker Live RCO May.9.1995
1995 Andreas DELFS
Schweizer Jugend Sinfonie-Orchester Live SJSO May.12.1995
1995 Jiri BELOHLAVEK
Prazska Komorni Filharmonie Adagietto only SUPRAPHON Sep.1995
1995 Adrian LEAPER
Orquesta Filarmonica de Gran Canaria   ARTE NOVA Sep.20-24.1995
1995 Evgeni SVETLANOV
The Russian State Symphony Orchestra   SAISON RUSSE Oct.1995
1995 Hartmut HAENCHEN Nederlands Philharmonisch Orkest Live NedPho Nov.12-15.1995
1995 Kenneth SLOWIK
The Smithsonian Chamber Players Adagietto only DHM Nov.28-Dec.1.1995
1996 Pierre BOULEZ Wiener Philharmoniker Live LUCKY BALL Mar.24.1996
1996 Pierre BOULEZ
Wiener Philharmoniker   DGG Mar.25-26.1996
1996 Frank SHIPWAY
Royal Philharmonic Orchestra   TRING  
1997 Timothy VERNON
Orchestre Symphonique de McGill Live FONOVOX CD
PROMETHEUS DVD
Apr.11.1997
1997 Fabio LUISI
Sinfonieorchester des Mitteldeutschen Rundfunks Live QUERSTAND Apr.8-13.1997
1997 Eiji OUE Radio Sinfonie Orchester Frankfurt Live DENON Jun.4-6.1997
1997 Daniel BARENBOIM
Chicago Symphony Orchestra Live TELDEC CD
ARTHAUS DVD
Jun.1997
1997 Sir Georg SOLTI
Tonhalle Orchester Zürich Live DECCA Jul.12-13.1997
1997 Rudolf BARSHAI
Junge Deutsche Philharmonie Live BRILLIANT Sep.9.1997
1997 Michael STERN
Rundfunk Sinfonieorchester Saarbrücken Live RSS Sep.12.1997
1997 Riccardo CHAILLY
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam   DECCA Oct.1997
1997 Benjamin ZANDER
New England Conservatory Youth Philharmonic Orchestra Live CPI  
1997 Daniele GATTI
Royal Philharmonic Orchestra   CONIFER Nov.15-17.1997
1997 Ken-Ichiro KOBAYASHI
Ceska Filharmonie Live PONY CANYON DVD Nov.15.1997
1997? Jacek KASPSZYK London Symphony Orchestra   COLLINS  
1997/8 Richard TOGNETTI
Australian Chamber Orchestra Adagietto only SONY Mar.1997 & Jan.1998
1998 Paul FREEMAN
Ceska Filharmonie Live CARLTON Jan.28.1998
1998 José COLLADO
Montserrat CABALLE,
Swr Rundfunkorchester Kaiserslautern
transc. for voice & orch. RCA Mar.9-19.1998
1998 N/A
David BRIGGS, organ organ transc. D. Briggs PRIORY Apr.1 & 2.1998
1998 Andre de QUADROS
New Monash Orchestra Live,
Adagietto only
Monash University Oct.17.1998
1998? Paul BATEMAN
Prazska Komorni Filharmonie Adagietto only SILVA  
1999 Ken-Ichiro KOBAYASHI
Ceska Filharmonie   CANYON Mar.11-13.1999
1999? N/A
Matt CURLEE, organ organ transc. M. Curlee
4th & 5th mvts only
ZAREX  
1999 Martin TURNOVSKY Bayerisches Landesjugendorchester Live
Adagietto only
ARCO DIVA Oct.5.1999
2000 Günther HERBIG Rundfunk-Sinfonieorchester Saarbrücken Live LIVE SUPREME Mar.2000
2000 Benjamin ZANDER
Philharmonia Orchestra   TELARC Aug.7-10.2000
2000 George Alexander ALBRECHT Weimar Staatskapelle Live 000 CLASSICS Aug.15.2000
2000 Vladimir FEDOSSEYEV
Tchaikovsky Symphony Orchestra of Moscow Radio Live RELIEF Aug.30-Sep.2-3.2000
2000 Mendi RODAN
The Israel Symphony Orchestra Rishon LeZion Live ISO Live Sep.12.2000
2000 N/A
Vidor NAGY, viola
Martina SCHROTT, harp
transc. for viola and harp BAYER
2001 Christoph ESCHENBACH NDR Sinfonieorchester, Hamburg Live EN LARMES Jan.12.2001
2001 Laurence EQUILBEY
Choeur de Chambre Accentus Adagietto only,
Arrgt for choir Gérard Pesson
NAIVE Feb.2001
2001 Zdenek MACAL
Symfonicky Orchestr HLM Prahy Live VARS Feb.13.2001
2001 Hartmut HAENCHEN
Nederlands Philharmonisch Orkest Live PENTATONE Mar.24-27.2001
2001 Benjamin YADIN
Radio-Symphonieorchester Wien Live MUSIC BANK 2001
2001 Justus FRANTZ
Philharmonie der Nationen Live PDN Aug.20.2001
2001 Yutaka SADO
Radio-Sinfonie Orchester Stuttgart des SWR Live SWR Oct.17-19.2001
2002 Robert OLSON
Colorado MahlerFest Orchestra Live MF Jan.12 & 13.2002
2002 Markus STENZ
Melbourne Symphony Orchestra Live ABC Classics Feb.5.2002
2002 Lorin MAAZEL Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks Live EN LARMES Mar.6.2002
2002 N/A
Florian UHLIG, piano Adagietto only,
Transcr. Florian Uhlig
REALSOUND Jul.20.2002
2002 Sir Simon RATTLE
Berliner Philharmoniker Live EMI CD
EMI DVD
Sep.7-10.2002
2002 David HEER
Plze?ská filharmonie Adagietto only CLAVES Oct.26-29.2002
2003 Gerd ALBRECHT
Yomiuri Nippon Symphony Orceshtra EXTON Jan.22-23.2003
2003 Amine KOUIDER
Orchestre International du CROUS de Paris Live CLASSICA Mar.21-Apr.1.2003
2003 Norichika IIMORI
Württembergische Philharmonie Reutlingen   EBS Apr.2003
2003 Eiji OUE
Hochschule fur Musik und Theater Hannover Live HMTH Jun.2003
2003 Geoffrey SIMON
Northwest Mahler Festival Orchestra Live NMF Jul.22.2003
2003 Alan GILBERT
Mahler Chamber Orchestra Live,
Adagietto only
REALSOUND Jul.30.2003
2003 Jonathan NOTT
Bamberger Symphoniker TUDOR Sep.15-19.2003
2003 Yuri TERMINAKOV
Saint Petersburgh Philharmonique Orchestra Live WATER LILY Sep.20 & 22.2003
2003 Zdenek MACAL
Ceska Filharmonie Live EXTON Oct.9-10.2003
2003 Roman KOFMAN
Kiev Chamber Orchestra Adagietto only MDG Nov.27-28.2003
2003 Michael GIELEN
SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg HÄNSSLER Dec.2003
2004 Keri-Lynn WILSON
Shauna ROLSTON & Cello Ensemble Live CBC Adagietto only
trscr. cello & cello ens.
Apr.1-3.2004
2004 Bernard HAITINK
Orchestre National de France Live NAIVE Jun.30 & Jul.1.2004
2004 Hisayoshi INOUE
Japan Gustav Mahler Orchestra Live JMO Jul.24.2004
2004 Claudio ABBADO
Lucerne Festival Orchestra Live EUROARTS DVD Aug.18-19.2004
2004 Christian ARMING
New Japan Philharmonic Orchestra Live FONTEC Nov.19-20.2004
2004 Sakari ORAMO
City of Birmingham Symphony Orchestra Live WARNER Oct.26 & 28.2004
2005 James DePRIEST
London Symphony Orchestra NAXOS Apr.29-30.2005
2005 Michael TILSON-THOMAS
San Francisco Symphony Live SFS Media Sep.28-Oct-2.2005
2005 Gintaras RINKEVICIUS Lietuvos Valstybinis Simfininis Orkestras Live AUREA Oct.1.2005
2006 Sir Roger NORRINGTON
Radio Sinfonieorchester Stuttgart des SWR Live HÄNSSLER Jan.19-20.2006
2006 Gustavo DUDAMEL
Orquesta Sinfónica Simón Bolívar   DGG Feb.2006
2006 Nicholas ARMSTRONG
Brooklyn Symphony Orchestra Live Brooklyn SO Apr.2.2006
2007 Jurjen HEMPEL
Nederlands Studenten Orkest 2007 Live NSO Feb.21.2007
2007 Libor PESEK
Ceski Narodni Symfonicky Orchestr Live CNSO DVD Feb.28.2007
2007 Libor PESEK
Ceski Narodni Symfonicky Orchestr   VICTOR Entertainment Mar.1-4.2007
2007 David ZINMAN
Tonhalle Orchester Zürich   RCA Apr.17-19.2007
2007-8 Mariss JANSONS
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam Live RCO Oct.18 & 21.2007, Jan.16-17.2008
2008 Jaap van ZWEDEN
London Philharmonic Orchestra Live LPO Live Jan.16.2008
2008 Zubin MEHTA
Bayerische Staatsorchester Live FARAO Dec.15-16.2008
2009 Gabriel FELTZ
Stuttgarter Philharmoniker Live DREYER GAIDO Jan.31.2009
2009 Markus STENZ
Gürzenich Orchester Köln Live OEHMS Jan.26-29.2009
2009 N/A
Amarcord Wien Adagietto only MATERIAL RECORDS Arrgt Sebastian Gürtler,
Apr.15-18.2009
2009 Esa-Pekka SALONEN
Sveriges Radios Symfoniorkester Adagio Adagietto only KING Soundtrack Mahler on the couch
2010 Vladimir ASHKENAZY
Sydney Symphony Orchestra Live SSO Live May.20-22.2010
2010 Eliahu INBAL
Ceska Filharmonie Live EXTON
2010 Heiko Mathias FÖRSTER
Neue Philharmonie Westfalen   SOLO MUSICA May-Jul.2010
2010 Daniele GATTI
Koninklijk Concertgebouworkest, Amsterdam Live   RCO Live
DVD
Jun.25.2010
2010 Jonathan DARLINGTON
Duisburger Philharmoniker   ACOUSENCE Sep.22-23.2010
2010 Valery GERGIEV
World Orchestra for peace Live DVD UNITEL Aug.5.2010
2010 Valery GERGIEV
London Symphony Orchestra Live LSO Live Sep.24-25.2010
2010 Yakov KREIZBERG
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo Live OPMC Sep.27-28.2010
2010 Candida THOMPSON
Amsterdam Sinfonietta Adagietto only CHANNEL Classics Oct.3, 4 & 5.2010
2010 Martin SIEGHART
Het Gelders Orkest Live EXTON Nov.3-5.2010
2011 Manfred HONECK
Pittsburgh Symphony Orchestra Live EXTON May.20-22.2011
2012 Pietari INKINEN
Japan Philharmonic Orchestra Live JPO Apr.6-7.2012
2012 Marcus CREED
SWR Vokalensemble Stuttgart Adagietto only,
Arrgt for choir Clytus Gottwald
CARUS Mar.28-Apr.5.2012
2012 Ivan FISCHER
Budapest Festival Orchestra CHANNEL Classics
2013 Eliahu INBAL
Tokyo Metropolitan Orchestra Live EXTON Jan.19-20.2013
136/213          

Les commentaires d'Henry-Louis de La Grange

Un nouveau style

Tout dans la Cinquième Symphonie révèle la maîtrise d'un compositeur parvenu au sommet de lui-même, mais qui éprouve dans le même temps un profond besoin de se renouveler. Richard Specht discerne dans la Cinquième "une première tentative de réorganiser [Gestalten] le monde à partir du moi individuel". Il s'agit avant tout d'un mouvement vers l'abstraction, vers l'abandon de toute référence au passé (le Knaben Wunderhorn), à l'enfance ou au paradis (la Quatrième), aux grands thèmes philosophico-religieux (la Deuxième) ou même au Panthéisme (la Troisième), et d'un effort aussi vers une nouvelle écriture orchestrale, vers un enrichissement de la palette sonore et vers une forme symphonique plus dense, plus cohérente et plus harmonieuse (nombreux rappels thématiques, interdépendance des deux premiers et deux derniers morceaux, l'un et l'autre accouplés pour former ensemble une seule "partie" de la symphonie). Bien qu'il existe encore des rapports thématiques indiscutables entre la Cinquième et les lieder qui lui sont contemporains, Mahler franchit cette fois un pas décisif vers un art exclusivement orchestral qu'il pratiquera désormais jusqu'à la fin de sa courte existence, exception faite de la Huitième Symphonie et du Chant de la Terre.

Analyse de la Première Partie

-1- Im gemessenen Schritt. Streng. Wie ein Kondukt [D'un pas mesuré. Sévère. Comme une procession funèbre.], 2/2, ut dièse mineur.

Comme la Deuxième Symphonie neuf ans plus tôt, la Cinquième débute par une marche funèbre monumentale. Le héros symphonique est "porté en terre". Pourtant cette fois, le spectateur imaginaire, ou si l'on veut le narrateur symphonique, ne se révolte point contre la destinée ni contre une réalité tragique mais inéluctable. Il y fait face avec une noble et altière résignation, il s'exprime sur un ton pathétique mais impersonnel, et cela jusque dans la violence du premier intermède et la douceur élégiaque du second. L'absence de conflit, ou même de véritable contraste, peut être considéré comme la cause -ou comme la conséquence- de l'abandon de la forme-sonate: le matériau thématique évolue sans cesse à partir d'un ensemble de cellules selon un procédé caractéristique de la composition mahlérienne à cette époque de maturité. Du même coup, la nécessité du retour au ton de départ ne s'impose plus et l'œuvre commencée en ut dièse mineur va se terminer en ré majeur. Dans la Marche Funèbre de la Cinquième, les deux épisodes que l'on hésite tout d'abord à nommer "Trios", bien qu'ils répondent l'un et l'autre à une volonté évidente de créer le contraste attendu, utilisent des thèmes dérivés de matériaux antérieurs. La fanfare de trompette, qui définit d'emblée le caractère du mouvement, doit être considérée comme un lointain souvenir de l'enfance et de l'époque où l'enfant Mahler entendait de loin les appels de la caserne d'Iglau et assistait aux défilés de la musique militaire devant la maison de ses parents. La même fanfare reparaîtra d'ailleurs comme une sorte de refrain, toujours pour relier entre eux les différents épisodes-couplets de la Marche. Le thème proprement dit (violons et violoncelles) appartient au même monde que celui du dernier Wunderhorn Lied, Der Tambourg'sell, composé pendant le même été de 1901. Lors de sa seconde exposition (violons et bois), il sera suivi d'un nouvel élément "consolateur" (la bémol) en sixtes, caractérisé par le même rythme pointé.

Dans le premier épisode secondaire (Plötzlich schneller. Leidenschaftlich. Wild. [Tout d'un coup plus rapide. Passionné. Sauvage] si bémol mineur), l'émotion jusqu'ici maîtrisée éclate et se déchaîne en fiévreux motifs de croches, soutenus par des accords en syncope des cors. La reprise du thème de marche et de l'épisode de "consolation" rétablit le calme et conduit au second "Trio". La douceur et la résignation y sont aussi éloignées que possible de la violence expressionniste du précédent Trio, et pourtant la substance thématique est entièrement constituée de variantes des motifs antérieurs. A noter l'effet d'éloignement obtenu par Mahler dans les dernières mesures par un moyen inédit : la flûte répétant en écho l'arpège ascendant de la trompette.

-2- Stürmisch bewegt. Mit grösster Vehemenz [Orageux et animé. Avec une grande véhémence.], 2/2, la mineur.

Les lettres de Mahler à C.F. Peters démontrent qu'il tenait cet Allegro de forme-sonate pour le véritable premier mouvement de la symphonie. Le début de l'exposition ne comporte pas de véritable thème, mais seulement un court ostinato des basses, suivi d'un motif agité en gammes montantes et descendantes. L'authentique premier sujet n'apparaîtra qu'ensuite, aux premiers violons. Quant au second thème, (Bedeutend langsam [Nettement plus lent], il n'est autre qu'une citation presque littérale du second "Trio" de la marche initiale. L'exposition est suivie d'une ample Durchführung dans laquelle l'angoisse et la fièvre atteignent à des paroxysmes rarement surpassés dans tout le répertoire symphonique. Telle est la violence des sentiments ici libérés, révolte, désespoir, frénésie douloureuse, que l'on est pas surpris de voir ensuite la reprise faire fi des critères classiques : au moment où l'on s'attend au retour du premier sujet, c'est le second qui reparaît en mi mineur. Il ne tardera pourtant pas à s'annexer les principaux motifs du premier, de sorte que ces deux sujets, si fortement contrastés auparavant, finissent par se confondre. A la fin de la reprise, les éléments ascendants et "optimistes" ont l'air de l'emporter. Effectivement, les cuivres entonnent un hymne de triomphe en forme de choral. Mais cette victoire reste sans lendemain et tout s'achève dans la nuit, l'angoisse et le mystère. "La vieille tempête se réduit à un écho impuissant", comme l'a si pertinemment écrit Theodor Adorno.

Analyse de la Deuxième Partie

-3- Scherzo: Kräftig, nicht zu schnell [Vigoureux. Pas trop rapide.], 3/4, ré majeur.

Aucune transition ne vient adoucir ici la rupture de ton entre le désespoir de l'Allegro et la radieuse bonne humeur du Scherzo. Non seulement il s'agit du Scherzo le plus étendu de Mahler (819 mesures) mais c'est l'un des seuls où ne se glisse aucun élément que l'on puisse interpréter comme parodique ou caricatural. Tout, d'ailleurs, surprend dans ce Scherzo, non seulement les proportions gigantesques mais aussi son élaboration thématique, aussi complexe et aussi fouillée que celle d'un mouvement de sonate. Le premier cor "obligato", qui tient un rôle soliste presque tout au long du mouvement, expose le sujet principal du Ländler. Sa robuste bonne humeur est à peine contredite par un contrechant asymétrique qui contrarie le rythme ternaire. Quand à l'épisode secondaire, c'est un "fugato" en croches dont la présence dans un mouvement de danse est pour le moins insolite. Cependant, il jouera un rôle essentiel dans les développements à venir.

Le rythme souple et gracieusement hésitant du premier trio (etwas ruhiger [Un peu plus calme]) caractérise non plus le ländler campagnard, mais la valse citadine. Ce premier Trio est séparé du second par une reprise du Scherzo et par un premier développement de l'épisode fugué. Confiés aux cors, instruments romantiques par excellence, les chants rêveurs du second Trio nous transportent de l'univers de la danse à celui de la nature. Plus tard, cependant, les éléments rythmiques et mélodiques des trois différents épisodes seront étroitement enchevêtrés et développés, souvent simultanément. Dans la coda finale, la mêlée devient inextricable. Au moment où elle atteint son paroxysme, la valse viennoise est interrompue, avec une brusquerie quasi beethovénienne par un double retour du motif initial du Scherzo.

Analyse de la Troisième Partie

-4- Adagietto (Sehr langsam) [Très lent], 4/4, fa majeur.

Après une telle explosion de joie de vivre, il eut été inconcevable d'achever la symphonie sur le mode tragique, et plus inconcevable encore d'insérer après le Scherzo un autre mouvement du même caractère enjoué. Il fallait donc ménager un contraste et c'est la principale raison d'être du célèbre Adagietto, de ce "lied sans parole" qui appartient aux seules cordes de l'orchestre, discrètement accompagnées par la harpe. L'épisode central développe et amplifie le thème initial, qui passe par différentes tonalités éloignées avant d'être réexposé, mais cette reprise est à vrai dire bien plus apparente que réelle. En effet, à cette époque de sa vie créatrice, Mahler s'interdisait les réexpositions littérales et se refusait à tout retour en arrière. Cette fois, l'heure est au recueillement et à l'oubli des choses de ce monde, comme dans le Lied Ich bin der Welt abhanden gekommen, qui est si proche quant à la thématique. Doit-on considérer ce petit mouvement comme un nouveau message d'amour de Mahler à son épouse, comme l'a affirmé Willem Mengelberg ? Autant on hésite à mettre en doute le témoignage d'un ami proche de Mahler, et d'un de ses interprètes préférés, autant il paraît surprenant qu'Alma n'ait jamais fait plus tard allusion à cette nouvelle confession amoureuse, elle qui s'est souvent complue à rappeler les témoignages d'amour qu'elle avait reçus des quatre grands hommes de sa vie.

Quoi qu'il en soit, ceux qui jugeraient le charme de cette tendre "rêverie" trop facile et son attrait trop immédiat feraient bien d'examiner de près la partition, de voir avec quel soin, quel raffinement, quel amour chaque mesure, chaque ligne mélodique en ont été finement ciselées, et de noter par exemple la manière dont Mahler crée un effet d'apesanteur en évitant d'introduire dans les deux premières mesures la note fondamentale de l'accord, c'est-à-dire la tonique; ou bien cet effet de suspension du temps, obtenu à la fin du morceau par une série de retards comme si chaque note hésitait à redescendre et ne regagnait qu'à regret sa place au sein de l'accord parfait. Mahler ne procédera pas autrement lorsqu'il voudra suggérer l'éternité à la fin du Chant de la Terre.

-5- Rondo Finale. (Allegro; Allegro giocoso) 2/2, ré majeur.

L'introduction, aux bois, prend l'allure insolite d'une joyeuse et divertissante improvisation. Quoi qu'il en soit, les différents motifs, lancés comme au hasard, joueront tous un rôle essentiel dans les développements futurs. L'un d'entre eux n'est autre qu'une citation d'un Wunderhorn Lied de 1896, Lob des hohen Verstandes [Eloge de la haute intelligente], récit humoristique d'un concours de chant entre le coucou et le rossignol, à l'issue de quoi l'âne, arbitre avisé, désigne comme vainqueur le plus sage des deux, c'est-à-dire le coucou. Mahler avait à l'origine intitulé ce Lied "Eloge de la Critique". Peut-être a-t-il songé, en le citant ici, aux "juges infernaux" de la presse qui n'allaient pas manquer d'agir comme l'âne du poème et de condamner sa symphonie? On a peine à imaginer, en tout cas, qu'une autocitation aussi fidèle puisse n'être pas signifiante.

Le premier sujet du Rondo proprement dit descend en droite ligne du finale de la Deuxième Symphonie de Beethoven. C'est d'ailleurs Beethoven qui en a inspiré la forme générale, mi-sonate, mi-rondo, et c'est de lui que Mahler reprend aussi l'idée d'y introduire des éléments de fugue. Le premier de ces "fugatos" intervient aussitôt après l'exposition du thème principal. Il utilise comme contre-sujet, le motif qu'avait lancé négligemment la clarinette au cours de l'Introduction. Le thème du Wunderhorn nourrit ensuite un nouvel épisode (Grazioso) des cordes, dont on s'aperçoit bientôt qu'elle est une simple métamorphose du développement central de l'Adagietto, ici repris in extenso! La seconde réexposition du refrain (rythmiquement varié cette fois) est suivie d'un nouveau "fugato" encore plus développé que le précédent, et enrichi de souvenirs de l'Adagietto.

Après une fausse réexposition du sujet principal (en la bémol, aux basses de l'orchestre), le troisième développement, sur la mélodie de l'Adagietto, s'accélère peu à peu et s'achève en gammes tourbillonnantes. C'est alors que paraît, aux cuivres, le choral qui déplut à Alma. Apparenté à celui du second mouvement, il reproduit note pour note la petite rengaine désinvolte confiée à la clarinette dans l'Introduction. C'est donc elle qui symbolise maintenant la victoire définitive des forces de la vie et de la création. Ce chant de gloire ne fait que confirmer le sentiment d'euphorie engendré depuis le début du Rondo par l'abondance intarissable des thèmes et des motifs, par la magie de ce kaléidoscope sonore, où passent et repassent fragments et cellules mélodiques toujours familières, toujours identiques à elles-mêmes et pourtant toujours nouvelles.

Theodor Adorno a noté à juste titre que les mesures qui succèdent au choral et qui achèvent le mouvement ont quelque chose de dévié, de déformé, comme un "relent de soufre". Derrière l'éclat superficiel de ce premier Finale brillant de Mahler, de cette musique où il paraît vouloir retrouver dans l'écriture "savante" l'énergie franche du classicisme, on discerne sans peine un malaise. Mais l'agitation du quotidien n'est-elle pas pour l'artiste une force destructrice dans la mesure où elle le détourne de sa mission créatrice? Déjà, les Maîtres-Chanteurs de Wagner nous avaient appris que le style "savant" pouvait être générateur d'effets parodiques et qu'il se prêtait à des caricatures savoureuses. Ainsi le triomphe final de la Cinquième est-il équivoque. Tout se passe comme si Mahler assumait ici d'instinct l'incertitude, le doute, l'angoisse secrète, l'ambiguïté fondamentale qui sont la marque de son époque et qui pèsent encore sur la notre. Cette ambiguïté est même l'un des principaux courants souterrains qui nourrissent son art, ce qui lui donne son inépuisable richesse et sa perpétuelle actualité, et ouvre en même temps les perspectives les plus inattendues et les plus fertiles. Mahler eut-il conclu au premier degré de l'apothéose ordinaire qu'il ne nous interrogerait pas comme il ne cesse de le faire, toujours plus fort à mesure que le temps passe.

[Ces commentaires ont été reproduits ici avec l'aimable autorisation d'Henry-Louis de La Grange]

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